Mercredi 18 janvier 2012
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ÉDITORIAL FO HEBDO DE JEAN-CLAUDE MAILLY
DATÉ DU MERCREDI 18 JANVIER 2012
Une agence de notation américaine (Standard and Poor’s) vient de déclasser différents pays dont la France. Cela fait la une des médias, en France notamment, avec
parfois des émissions spéciales.
Il suffit de prendre quelques mètres de recul pour mesurer le caractère quelque peu délirant de la situation. Un Premier ministre et un ministre de l’Économie et
des Finances qui interviennent au journal de 20 heures, ou tenant un point de presse. Une opposition accordant aussi à l’annonce un caractère évènementiel.
Certes, tout cela se situe en pleine campagne électorale pour les élections présidentielles et le président de la République avait lui-même fait de la conservation
du triple A l’alpha et l’oméga de la politique économique en France.
Conserver le «AAA» et satisfaire les attentes des marchés financiers avaient notamment conduit aux réductions fiscales et à la contre-réforme des retraites! En
fait, deux types de problèmes importants se posent :
1. Est-il normal que de telles agences (elles sont au nombre de trois) se voient accorder un tel poids? Ce sont pourtant elles qui notaient AAA les
subprimes ou qui, pour l’une d’entre elles, s’était plantée et avait ainsi favorisé l’arrivée au pouvoir des colonels en Grèce.
En la matière, c’est leur rôle et leur poids qu’il faut remettre en cause et c’est de la responsabilité des gouvernements. Or, quatre ans après le début de la
crise, rien n’a changé. Ne pas le faire c’est accepter que les intervenants sur les marchés financiers exercent une tutelle sur les États et que les gouvernements en dépendent. Ce qui pose un
problème sérieux de démocratie.
N’oublions jamais, non plus, que les marchés financiers sont schizophrènes, ainsi ils réclament des réformes structurelles (ex.: retraite, marché du travail) tout
en s’inquiétant de l’austérité.
2. La première leçon qu’il faut en tirer, c’est qu’à se soumettre aux attentes des marchés et de leur baromètre (les agences de notation) on en
devient leurs séides.
La seconde, c’est qu’il ne fallait pas, sur le plan européen, suivre le dogmatisme monétaire économique allemand, mais plutôt tout mettre en œuvre, en tapant du
poing sur la table, pour que la Banque centrale européenne rachète massivement les dettes publiques, comme son homologue américaine.
Cela aurait eu le mérite de calmer le jeu pour entreprendre une réelle réorientation de la construction européenne.
N’oublions pas non plus – et ce n’est pas un hasard – qu’il y a des tensions financières entre l’Europe et les États-Unis.
Tout ce qui fragilise l’Europe renforce, à court terme, les États-Unis, les uns et les autres étant à la recherche des mêmes prêteurs.
Nous verrons dans les jours à venir, et notamment au «sommet social» du 18 janvier, ce que feront le gouvernement et le président de la République. Si l’objectif
était d’utiliser ce sommet pour satisfaire les marchés financiers, avec notamment la TVA sociale et les «accords» compétitivité-emploi, ce n’est plus la peine vu que le triple A est tombé avant
le sommet!
Sortir de l’austérité en France comme ailleurs et exiger de l’Europe une dynamique de croissance, d’investissement et de progrès social, telle est aujourd’hui
l’ardente obligation.
Le triple A au placard ;
l’austérité au rancart ;
et la croissance en étendard !
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